Emanuel Gat,
chorégraphier le vivant

Crédits photo : Cinq Jours au Soleil – Emanuel Gat Dance – ©Julia Gat

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Chorégraphe israélien installé à Marseille depuis 2007, Emanuel Gat développe depuis plus de vingt ans une danse qui explore les relations entre la musique, l’espace et le collectif.

Après avoir fondé sa compagnie en 2004 à Tel Aviv, ses œuvres circulent désormais dans les plus grands festivals et institutions du monde entier. Figure historique du Festival Montpellier Danse, il ouvrira l’édition 2026 avec Cinq Jours au Soleil les 21 et 22 juin, une création conçue sur la Cinquième Symphonie de Gustav Mahler.

« La chorégraphie consiste à organiser le mouvement dans le temps et l’espace. »
Emanuel Gat, EP.44

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De la musique à la danse

Né en Israël en 1969, Emanuel Gat se destine d’abord à la musique. Après son service militaire, il étudie à la Rubin Academy of Music de Tel Aviv. Il découvre la danse assez tardivement, à l’âge de 23 ans, lors d’un atelier avec le chorégraphe Nir Ben Gal. Quelques mois plus tard, il rejoint la compagnie Liat Dror Nir Ben Gal et participe à plusieurs créations en tournée internationale. 

Il commence à travailler comme chorégraphe indépendant dès 1994 avant de fonder sa compagnie, Emanuel Gat Dance, au Suzanne Dellal Center de Tel Aviv en 2004. Ses premières pièces, Winter Voyage sur une musique de Schubert puis The Rite of Spring, sa propre interprétation du Sacre du printemps de Stravinski, révèlent immédiatement une écriture singulière : dense, fluide et rigoureusement construite.

Présenté au Lincoln Center Festival de New York, The Rite of Spring reçoit en 2006 un Bessie Award de la meilleure chorégraphie et propulse Emanuel Gat sur la scène internationale.

En 2007, Emanuel Gat s’installe en France, où s’ouvre une collaboration durable avec le Festival Montpellier Danse. Au fil des années, le festival accueille plusieurs de ses créations, de Silent Ballet (2008) à The Goldlandbergs (2013), année où le chorégraphe devient artiste associé du festival. Cette relation privilégiée contribue à inscrire durablement son travail dans le paysage chorégraphique français, avant qu’il ne rejoigne Chaillot – Théâtre national de la Danse à Paris en 2018 en, tant qu’artiste associé également.

Emanuel Gat © Jubal Battisti

Un langage pensé comme un système vivant

La danse d’Emanuel Gat repose sur une circulation permanente entre les individus et le groupe. Le chorégraphe crée des « règles du jeu », des situations ouvertes dans lesquelles les interprètes prennent leurs propres décisions. Les danseurs prennent entièrement part au processus de création : le collectif n’efface pas les individualités mais il les organise.

Sa danse donne ainsi naissance à des compositions extrêmement fluides, où les corps construisent des architectures mouvantes d’une grande intensité visuelle.

Cette logique apparaît clairement dans Story Water (2018), créé dans la Cour d’honneur du Palais des Papes pour le Festival d’Avignon. Emanuel Gat y met en place une structure fondée sur des trajectoires, des rythmes et des points de rencontre définis, tout en laissant aux interprètes une grande liberté de circulation.

Les danseurs doivent ainsi constamment observer les autres, adapter leurs décisions et réorganiser leurs déplacements en temps réel : l’écoute collective est permanente et essentielle.

Cette méthode confère à ses pièces une impression de mouvement permanent, comme un organisme en perpétuelle recomposition.

“Ce sont des couches et des couches de manipulations, d’idées, d’outils, de mécanismes de procédures.”
– Emanuel Gat, EP.44

La danse d’Emanuel Gat repose sur une circulation permanente entre les individus et le groupe. Le chorégraphe crée des « règles du jeu », des situations ouvertes dans lesquelles les interprètes prennent leurs propres décisions. Les danseurs prennent entièrement part au processus de création : le collectif n’efface pas les individualités mais il les organise.

Sa danse donne ainsi naissance à des compositions extrêmement fluides, où les corps construisent des architectures mouvantes d’une grande intensité visuelle.

Les danseurs doivent ainsi constamment observer les autres, adapter leurs décisions et réorganiser leurs déplacements en temps réel : l’écoute collective est permanente et essentielle.

Cette méthode confère à ses pièces une impression de mouvement permanent, comme un organisme en perpétuelle recomposition.

Freedom Sonata (2024), Emanuel Gat Dance

La musique et la lumière comme partenaires de création

Avant même la danse, il y a souvent la musique. Emanuel Gat utilise la structure des musiques pour organiser l’espace, les trajectoires et les dynamiques du groupe.
Tout au long de sa carrière, il dialogue avec des univers musicaux très différents : Schubert, Stravinski, Bach, Pierre Boulez, Wagner, Tears for Fears ou encore Kanye West dans Freedom Sonata. Mais un autre élément occupe une place essentielle dans son travail : la lumière.
Emanuel Gat conçoit lui-même les lumières de toutes ses pièces. Il ne les pense pas comme un simple dispositif scénique destiné à mettre les danseurs en valeur, mais comme une présence autonome.
Les danseurs évoluent ainsi dans un espace évolutif  où chaque déplacement devient également une décision dramaturgique : entrer dans la lumière ou rester dans l’ombre.

Trois œuvres majeures

LOVETRAIN2020 (2020)
Sur les chansons du groupe britannique Tears for Fears, quatorze danseurs traversent le plateau dans une énergie euphorique et débordante. Les corps surgissent, se croisent, se poursuivent, redessinant sans cesse les contours du groupe. Les costumes flamboyants imaginés par Thomas Bradley amplifient encore cette impression de vitalité.
Mais derrière cette sensation de liberté se cache une organisation extrêmement précise du groupe. Emanuel Gat construit des circulations complexes où chaque interprète doit continuellement ajuster sa trajectoire à celle des autres.

Créée au cœur de la pandémie, LOVETRAIN2020 apparaît alors comme une célébration du mouvement collectif et du plaisir d’être ensemble.

The Goldlandbergs (2013)
Créé dans le cadre du Festival Montpellier Danse, The Goldlandbergs marque une étape importante dans la relation entre Emanuel Gat et le festival. 

La pièce prend pour point de départ les Variations Goldberg de Jean-Sébastien Bach, réinterprétées par le pianiste Glenn Gould. Fidèle à son approche, le chorégraphe ne cherche pas à illustrer la musique mais à dialoguer avec elle. Les danseurs évoluent dans un espace de liberté structuré, où les trajectoires individuelles se répondent et se recomposent sans cesse au sein de l’ensemble. 

Accueillie avec enthousiasme par la critique, la pièce confirme la place centrale qu’occupe désormais Montpellier dans son parcours artistique et contribue à installer durablement son travail auprès du public français.

Cinq Jours au Soleil (2026)
Créée pour l’ouverture de Montpellier Danse 2026, Cinq Jours au Soleil est une pièce pour douze danseurs conçue sur la Cinquième Symphonie de Gustav Mahler. Elle se déploie en cinq tableaux chorégraphiques portés par un important travail de lumière et de costume.

Dans ce voyage fait de transformations, de tensions et de résilience, le chorégraphe poursuit son exploration des relations humaines et des dynamiques collectives. Cette création inaugure également un nouveau chapitre pour sa compagnie, avec l’arrivée d’un groupe inédit d’interprètes venus du monde entier pour vivre et travailler à Marseille.

Cinq Juors au Soleil – Emanuel Gat Dance © Julia Gat

“Je découvre énormément sur les comportements des individus, sur le monde, sur moi-même, sur la vie à travers ce regard chorégraphique.” – Emanuel Gat, EP.44

En ouvrant le Festival Montpellier Danse 2026 avec Cinq Jours au Soleil, Emanuel Gat poursuit une histoire déjà ancienne avec le festival.
À travers ses pièces, le chorégraphe n’a cessé de questionner la manière dont les êtres circulent, s’écoutent, et coexistent dans un même espace.
Une manière de rappeler que le collectif n’est jamais une masse uniforme, mais une somme fragile d’individualités en relation.

Lecture à compléter avec le Podcast 144 – Emanuel Gat X Tous Danseurs
Voir Cinq Jours au Soleil juste ici.

Théa Breso

Théa danse depuis le plus jeune âge. Désormais danseuse pluri-disciplinaire, elle rêve d’une vie de danse et de voyage.
Depuis peu, elle enrichit sa pratique en posant des mots sur son art.
Les studios et les salles de spectacle sont un peu comme la continuité de son appartement.

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