grand portrait
Anne Teresa De Keersmaeker

Crédits photo : Rosas Danst Rosas © Anne Van Aerschot

LECTURE

15 min

DATE
PAR

Partager cet article

Figure majeure de la danse contemporaine, Anne Teresa De Keersmaeker continue d’influencer des générations de danseurs et de chorégraphes. Chez elle, un pas n’est jamais gratuit : une marche, un geste quotidien, un cercle se transforment en phrase chorégraphique.

Le Théâtre National de la Danse – Chaillot met aujourd’hui son travail à l’honneur. Entrons dans l’univers d’une chorégraphe qui, depuis plus de quarante ans, cherche de nouvelles façons de faire danser les corps.

À Chaillot, Anne Teresa De Keersmaeker et Rosas sont à l’honneur :

10 au 17 septembreRosas danst Rosas
19 et 20 septembreChaillot Expérience Iconiques
19 et 20 septembreMULTICAST Rosas danst Rosas

LECTURE

5 min

DATE
PAR

Partager cet article

Anne Teresa De Keersmaeker naît en 1960 à Malines, en Belgique. Pendant son enfance, elle pratique d’abord la musique avant de se tourner vers la danse classique. À 18 ans, elle intègre Mudra, l’école fondée par Maurice Béjart à Bruxelles, puis poursuit ses études à la Tisch School of the Arts de New York.

Portrait d’Anne Teresa de Keersmaeker © Johan Jacobs

Son passage aux États-Unis est décisif : Anne Teresa De Keersmaeker y découvre notamment la musique minimaliste américaine, comme celle de Steve Reich, qui deviendra l’une des grandes sources d’inspiration de son travail.

En 1980, à seulement vingt ans, elle crée Asch, sa toute première chorégraphie, une pièce pour deux danseurs. Deux ans plus tard, elle se fait véritablement remarquer avec Fase, Four Movements to the Music of Steve Reich, une œuvre en quatre mouvements qui pose déjà les bases de son langage chorégraphique : la répétition, la précision, la géométrie et le dialogue étroit entre le corps et la musique.

En 1983, elle crée sa pièce phare, Rosas danst Rosas, et fonde à Bruxelles la compagnie Rosas, comptant à ce jour plus d’une soixantaine de chorégraphies. Elle y développe peu à peu une écriture singulière, fondée sur l’observation du mouvement et sur une attention particulière portée au corps, à l’espace et au temps.

Primée de nombreuses fois pour ses créations, Anne Teresa de Keersmaeker a notamment reçu deux Bessies Awards à New York en 1989 pour l’ensemble de sa carrière, ainsi que le prix SACD de la danse en 1995. Elle a par ailleurs été nommée Commandeur de l’Ordre des Arts et des Lettres, et est membre de l’Académie des Arts de Berlin.

Rosas Danst Rosas © Anne Van Aerschot

Quand la musique devient mouvement

Chez Anne Teresa De Keersmaeker, la musique constitue souvent le point de départ de la chorégraphie. Steve Reich, mais aussi Bach, Schönberg, Gérard Grisey, Miles Davis, Brian Eno, Vivaldi ou encore Jacques Brel deviennent tour à tour des partenaires de création.
Rythmes, pulsations, répétitions, silences, accélérations : la structure musicale devient une matière que la chorégraphe peut traduire avec les corps. Il ne s’agit pas nécessairement de « mimer » la musique, mais d’en chercher la logique et de trouver comment elle peut exister physiquement.

Dans Rain, créée en 2001 sur une composition de Steve Reich, les danseurs évoluent au rythme d’une musique répétitive et en mouvement constant. Les trajectoires se croisent, les groupes se forment et se défont. Certains mouvements reviennent, avec de légères variations. Les corps semblent alors prolonger la musique dans l’espace.

“La musique a construit ma relation au mouvement.”
Anne Teresa de Keersmaeker

Quand le quotidien devient danse

Anne Teresa De Keersmaeker s’intéresse aussi aux mouvements les plus simples.

Marcher. Courir. S’asseoir. Se relever. Tourner. Tomber. Changer de direction.

Des gestes que nous faisons tous les jours peuvent devenir chorégraphiques. Il ne s’agit pas de les rendre plus spectaculaires. Il s’agit de les regarder autrement. Une action banale peut prendre une nouvelle dimension lorsqu’elle est répétée, ralentie ou placée dans une structure précise.

La répétition occupe ainsi une place importante dans son travail. Refaire un même geste permet d’en observer les détails, les changements et les effets sur le corps. Le mouvement reste reconnaissable, mais sa répétition modifie peu à peu notre manière de le percevoir. Les danseurs peuvent reprendre une même phrase plusieurs fois, avec des décalages, des variations de rythme ou de direction.

Rosas danst Rosas 1983 ®Jean-Luc Tanghe

Cette approche est particulièrement visible dans Rosas danst Rosas, créée en 1983. La pièce est interprétée par quatre femmes, installées sur des chaises. Elles se lèvent, s’assoient, frappent du pied, bougent la tête ou passent une main dans leurs cheveux. Ces gestes, inspirés du quotidien, sont répétés et organisés avec précision. 

La pièce accorde également une place importante à la présence des corps féminins. L’effort physique, la fatigue, mais aussi la sensualité et la puissance des interprètes sont pleinement visibles. Anne Teresa De Keersmaeker ne cherche pas à gommer les différences entre les danseuses : au contraire, la structure de la pièce permet de faire ressortir leurs différentes manières d’exécuter et d’habiter le mouvement.

Cette recherche autour du geste et de la répétition s’est également prolongée au cinéma. En 1997, Thierry De Mey réalise Rosas danst Rosas, un film qui reprend la chorégraphie et la transforme par le regard de la caméra.

Le film ne se contente pas de filmer la pièce du point de vue du spectateur. Les cadrages, les déplacements de caméra et le montage permettent d’observer les gestes et les relations entre les danseuses autrement. La chorégraphie quitte alors la scène pour entrer dans un autre espace : celui du cinéma.

“Un corps porte toujours le monde dans lequel il vit.”
Anne Teresa de Keersmaeker

Quand les corps construisent l’espace

Chez Anne Teresa De Keersmaeker, l’espace occupe une place importante dans la construction du mouvement. Les danseurs suivent des trajectoires précises et travaillent leurs déplacements en fonction des autres interprètes. Lignes, diagonales, cercles, changements de direction et distances entre les corps participent à la composition de la pièce.

Dans Toccata, créée en 1993 sur une composition de Jean-Sébastien Bach, Anne Teresa De Keersmaeker travaille notamment sur les déplacements et les relations entre les danseurs. Les mouvements individuels s’inscrivent dans une organisation collective très précise. Les corps se rapprochent, s’éloignent et se croisent selon une structure définie.

Cette attention portée à l’espace est présente dans de nombreuses créations de la chorégraphe. Les déplacements ne servent pas uniquement à passer d’un endroit à un autre : ils permettent de construire les relations entre les interprètes et de structurer la chorégraphie. 

Rosas Danst Rosas © Anne Van Aerschot

P.A.R.T.S. et la transmission

En 1995, Anne Teresa De Keersmaeker fonde P.A.R.T.S. (Performing Arts Research and Training Studios) à Bruxelles. L’école devient rapidement un lieu important de formation pour les danseurs et chorégraphes contemporains.
Parmi ses anciens élèves, on retrouve des artistes comme Sidi Larbi Cherkaoui, Noé Soulier, Marlene Monteiro Freitas ou encore Daniel Linehan. Des artistes qui, chacun à leur manière, ont ensuite développé leur propre langage chorégraphique.

Cette transmission se retrouve aussi dans le répertoire de Rosas. Rosas danst Rosas, créée en 1983, continue d’être reprise par de nouvelles générations de danseurs. C’est ce que met en lumière le Théâtre National de la Danse – Chaillot en septembre 2026 avec MULTICAST Rosas danst Rosas. Vingt interprètes issus de cinq générations se retrouvent autour de la pièce, parmi lesquels des interprètes historiques et Anne Teresa De Keersmaeker elle-même.

Ce qui reste aujourd’hui du travail d’Anne Teresa De Keersmaeker ne se limite donc pas à son répertoire. Son influence se mesure aujourd’hui dans les parcours des artistes passés par P.A.R.T.S., mais aussi dans la manière dont son répertoire continue de passer d’un corps à l’autre.

Et la recherche continue. En 2026, elle crée GLA55, 10 Movements to the Music of Philip Glass, une pièce pour six danseurs qui explore les premières œuvres minimalistes du compositeur. Une nouvelle création qui prolonge une recherche commencée plus de quarante ans auparavant : faire dialoguer musique, mouvement, espace et structure.

Rosas Danst Rosas © Anne Van Aerschot

Lecture à compléter avec le podcast #281 – Anne Teresa de Keersmaeker et Solal Mariotte
Théa Breso

Théa danse depuis le plus jeune âge. Désormais danseuse pluri-disciplinaire, elle rêve d’une vie de danse et de voyage.
Depuis peu, elle enrichit sa pratique en posant des mots sur son art.
Les studios et les salles de spectacle sont un peu comme la continuité de son appartement.

Voir tous ses articles

Partager cet article

  • Abonnez-vous au podcast
  • icon fleche
  • Apple podcast
  • Spotify podcast
  • Deezer podcast
  • Google podcast
  • Apple podcast
  • Spotify podcast
  • Deezer podcast
  • Google podcast