dominique bagouet en quelques mots

Crédits photo : Marc Ginot (Dominique Bagouet)

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Dominique Bagouet est une figure majeure de la danse contemporaine et de la nouvelle danse française. Son parcours est fulgurant et bouillonnant.

La naissance d’un artiste

Né le 9 juillet 1951 à Angoulême, Dominique Bagouet aurait rencontré la danse à l’âge de trois ans, dans un cabaret des Ramblas à Barcelone lors d’un spectacle de flamenco. 

Il commence sa formation de danse classique dans l’école de Rosella Hightower à Cannes à partir de 1965. Au bout de quatre ans seulement, Dominique Bagouet obtient son premier engagement professionnel auprès de Alfonso Cata au sein du Ballet du Grand Théâtre de Genève. Pendant un an, il y danse de nombreuses œuvres dont certaines du répertoire de Georges Balanchine.

Par la suite, Bagouet danse pour Félix Blaska puis avec les Ballets du XXe siècle de Maurice Béjart à Bruxelles à partir de 1970. Cette expérience chez Béjart se prolonge avec le groupe Chandra : un groupe d’anciens danseurs de Mudra, l’école de Maurice Béjart à Bruxelles.

En 1974, il est de retour à Paris où il prend des cours avec Peter Goss et Carolyn Carlson. Pendant cette période, il est danseur pour les compagnies de Joseph Russillo, Anne Béranger et Peter Goss.
La même année, Dominique Bagouet voyage aux États-Unis. où il découvre les techniques de danse issues des grandes écoles américaines de Martha Graham, José Limon, Trisha Brown mais surtout de Merce Cunningham.

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Dominique Bagouet

Dominique Bagouet en quelques dates

  • 9 juillet 1951 : Naissance à Angoulême
  • 1965 : Ecole de Rosella Hightower à Cannes
  • 1969 : Premier engagement au Ballet du Grand Théâtre de Genève auprès de Alfonso Cata 
  • 1970 : Compagnie de Félix Blaska puis dans les Ballets du XXème siècle de Maurice Béjart à Bruxelles
  • 1974 : Se forme, travail avec Carolyn Carlson, Peter Goss, découvre les écoles américaines
  • 1976 : “Chansons de nuit”, sa création, premier prix au concours de Bagnolet
  • 1977 : Création de la compagnie Dominique Bagouet.
  • 1980 : Directeur du Centre chorégraphique régional de Montpellier (Centre Chorégraphique National en 1984)
  • 1981 : Création de la pièce “Les voyageurs” pour le Groupe de Recherches de l’Opéra de Paris
  • 1981 : Festival international Montpellier Danse
  • 1989 : Lauréat du Grand Prix National de la Danse
  • 1990 : Création de “So Schnell”, « Jours étranges »
  • 1991 : Création de “Necesito, pièce pour Grenade”
  • 9 décembre 1992 : Décès

Une carrière fulgurante

Lorsqu’il rentre en France en 1976, Dominique Bagouet a 25 ans et participe au concours de Bagnolet avec sa première pièce “Chansons de nuit”. Il remporte le premier prix avec la mention “recherche”.
Dans la foulée, le programmateur de la danse du Festival d’Avignon, André-Philippe Hersin, l’invite au festival avec une nouvelle chorégraphie.
Et Dominique Bagouet enchaîne les créations.
C’est la naissance de pièces comme “Endenich”, “ribatz, ribatz !”, “Snark”, “Passages” ou encore “Tartines”.
En trois ans, de 1976 à 1979, il crée 14 pièces. 

En 1980, il devient Directeur du Centre Chorégraphique Régional de Montpellier, transformé en 1984 en Centre Chorégraphique National français.
Cette place lui donne les moyens de créer, de s’affirmer et de rayonner dans le monde de la danse. Il conçoit alors ses pièces les plus emblématiques (So Schnell, Jours étranges etc.)

En 1981, Dominique Bagouet fonde le festival international Montpellier Danse et présente lors de cette édition sa pièce “Toboggan”, la plus longue pièce de sa carrière.

Dominique Bagouet aime s’entourer d’artistes talentueux et hybrider son art. Il mêle sa danse aux musiques du compositeur Tristan Murail et de Pascal Duspin, au travail du plasticien Christian Boltanski ou encore aux mots de l’actrice Nelly Borgeaud pour l’adaptation d’un roman d’Emmanuel Bove.
Dominique Bagouet fait l’amorce des collaborations artistiques pluridisciplinaires en France.

En 1992, Dominique Bagouet meurt du sida au démarrage des répétitions de sa nouvelle pièce : “Noces d’or”.

Son œuvre a considérablement marqué l’histoire de la danse.
Après son décès, les danseurs de sa compagnie fondent Les Carnets Bagouet dans le but de préserver et de transmettre le patrimoine du chorégraphe. 

Aujourd’hui, ses chorégraphies sont entrées dans le répertoire de nombreuses compagnies.
So Schnell” est au répertoire de l’Opéra de Paris depuis 1998 et “Fantasia Semplice” depuis 1986.
Ses pièces emblématiques sont reprises notamment par Catherine Legrand ( “So Schnell” en 2020) et l’Ensemble chorégraphique du CNSMDP (“Necesito, pièce pour Grenade” sous la direction de Rita Cioffi).

De nombreux danseurs de Dominique Bagouet perdurent dans le paysage chorégraphique. Nous pouvons citer Angelin Preljocaj, Michel Kelemenis, Bernard Glandier ou encore Catherine Diverrès, Rita Cioffi.

Jours étranges

“l’exigence : aller jusqu’au bout de ses propres finesses, de son propre travail. L’important, c’est la détermination dans la force de ses propres envies. »

Le style Bagouet

Le style de Dominique Bagouet se déploie tout au long de sa carrière. Certains le qualifient de “baroque contemporain”. Il incarne la nouvelle danse française.

Ses premières chorégraphies mettent en place une danse structurée dans l’espace, dans le temps, comme dans les corps.
Ses constructions chorégraphiques sont minutieuses. Les mouvements des mains, des doigts et des poignets et par extension les bras sont précis.
Les notions de verticalité, d’inclinaison du buste sont aussi des caractéristiques de son travail.

Dominique Bagouet, c’est également un regard nouveau sur l’artiste interprète qui est au cœur du dispositif créatif.

A propos de So Schnell (1990)

« Lorsque m’a été confiée la mission d’inaugurer, pour la danse, le plateau du nouvel Opéra Berlioz, j’ai immédiatement rêvé à une chorégraphie pour un nombre important de danseurs. Est née alors l’idée de rassembler pour la première fois, et dès le début de la saison, toutes les forces vives de la compagnie – danseuses et danseurs stagiaires de la Cellule d’Insertion Professionnelle – dans un travail commun autour d’une cantate de Jean-Sébastien Bach ». Dominique Bagouet – Les Carnets Bagouet

So Schnell existe dans une version de 1992
Cantate bwv 26 de j.s. Bach : « Ach wie flüchtig, Ach wie nichtig »

So Schnell

“la danse est en étroite relation avec le mode de vie de nos sociétés, « L’actuel » du corps. C’est un art populaire, toujours en mouvement, un art de l’éphémère : aussitôt engendré, aussitôt terminé, ce qui fait sa magie mais aussi sa fragilité. »

A propos de Jours étranges (1990)

2e album des Doors – Strange Days, point de départ de Jours étranges

« En réécoutant ce disque il y a quelques mois, je me suis senti prêt à affronter cette page de mon passé, peut-être parce qu’elle est devenue déjà un peu floue et qu’ainsi cette musique, pour laquelle finalement je n’ai que peu d’opinions sinon qu’affectivement elle me bouleverse à chaque fois, me permet de renouer avec un état qui n’est pas si éloigné de celui d’aujourd’hui où la remise en question, la quête d’aventures, se heurtent encore à de nouvelles conventions, des systèmes qui redeviennent pesants et qu’il semble urgent de secouer. Alors avec cette pièce, disons qu’on essaie donc de commencer à « secouer » Dominique Bagouet – Les Carnets Bagouet

Jours étranges

A propos de Necesito, pièce pour Grenade (1991)

Il est proposé à Dominique de raconter l’histoire de Boabdil, le dernier émir arabo-andalou souverain de Grenade qui à l’arrivée des rois catholiques, pour éviter pillage et destruction, a préféré partir sans livrer bataille.
Rebuté par l’idée d’en faire un récit qui serait un hommage à la légende, Dominique choisit le territoire du jeu.
« Puisque cela m’est offert, j’ai bien envie d’être le complice de ces partenaires de quelques soirs, ces lieux, ces histoires, ces musiques. M’amuser avec ma bande à nous souvenir notamment de nos petites mythologies d’Espagne et de Proche-Orient, à façonner nos propres délires sur la relation arabo-andalouse et évoquer aussi la douceur des cours, le plaisir et les jardins, l’autorité froide et de réputation sinistre de l’occidentale Église ».
Ne pas célébrer, mais jouer au sens noble du terme, au sens de « jeux » comme le sont les jeux d’eau, les feux d’artifice ou les mosaïques. Dominique Bagouet – Les Carnets Bagouet

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Théa Breso

Théa danse depuis le plus jeune âge. Désormais danseuse pluri-disciplinaire, elle rêve d’une vie de danse et de voyage.
Depuis peu, elle enrichit sa pratique en posant des mots sur son art.
Les studios et les salles de spectacle sont un peu comme la continuité de son appartement.
Théa est stagiaire chez Tous Danseurs.

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