Le Grand Portrait d’Angelin Preljocaj 

Crédits photo : Le Funambule d’Angelin Preljocaj avec Angelin Preljocaj – créatin de 1989 – photographie de JC Carbonne

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Chorégraphe français de renommée internationale, Angelin Preljocaj est à la tête de sa compagnie depuis 1984. En plus de quarante ans, il a créé plus de soixante pièces, parmi lesquelles Noces (1989), Roméo et Juliette (1990), Le Parc (1994), Blanche Neige (2008) et Requiem(s) (2024).
Élu à l’Académie des beaux-arts en 2019, il compte parmi les figures marquantes de la danse contemporaine.

Le Théâtre de la Ville présente Soulèvement, sa nouvelle création, du 22 octobre au 7 novembre 2026.
L’occasion de revenir sur le parcours d’un chorégraphe dont l’œuvre n’a cessé de se renouveler.

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De ses débuts à la scène internationale

Né en 1957 en région parisienne, de parents albanais, Angelin Preljocaj étudie d’abord la danse classique avant de se tourner vers la danse contemporaine auprès de Karin Waehner. En 1980, il part à New York suivre l’enseignement de Merce Cunningham, puis poursuit sa formation en France auprès de Quentin Rouillier et de Viola Farber, au Centre national de danse contemporaine d’Angers. En 1982, il rejoint la compagnie de Dominique Bagouet, à Montpellier.

Il y fait ses premiers pas de chorégraphe avec Aventures coloniales, un duo créé en 1984 avec Michel Kelemenis. L’année suivante, Marché noir lui vaut le prix du ministère de la Culture au Concours de Bagnolet. En décembre 1984, il fonde sa propre compagnie, qui prend rapidement le nom de Compagnie Preljocaj avec l’arrivée de Nicole Saïd.

Portrait d’Angelin Preljocaj © Julien Bengel

En 1996, la compagnie s’installe à Aix-en-Provence. Dix ans plus tard, elle investit le Pavillon Noir, un lieu conçu par l’architecte Rudy Ricciotti et entièrement dédié à la danse. Le Ballet Preljocaj y développe son travail de création, de répétition et de diffusion. Il compte aujourd’hui 30 danseuses et danseurs permanents et présente ses pièces en France comme à l’international.

Depuis 2015, le Pavillon Noir accueille également le Ballet Preljocaj Junior. Ce programme permet à de jeunes danseurs de se former pendant onze mois au contact du répertoire du chorégraphe, des tournées et de nouvelles créations.

Parallèlement à son travail avec sa compagnie, Angelin Preljocaj reçoit des commandes de grandes institutions internationales. Il crée notamment pour le Ballet de l’Opéra national de Paris, la Scala de Milan et le New York City Ballet.

Le style Preljocaj

“Ce qui me passionne c’est de découvrir au fur et à mesure où va me mener la danse.”
Angelin Preljocaj


Chez Angelin Preljocaj, le mouvement repose sur une grande précision. Les corps tracent des lignes, s’étirent dans l’espace, puis rompent brusquement leur trajectoire par une torsion, une chute ou un changement de direction. L’espace n’est jamais un simple décor : il organise les relations entre les interprètes, crée des tensions et donne au mouvement sa dynamique.
Sa gestuelle porte l’empreinte de sa formation classique tout en étant nourrie par la danse contemporaine. Elle associe la verticalité du haut du corps à un ancrage au sol, des flexions profondes et des ruptures soudaines.
Le poids est un moteur chorégraphique à part entière. Les chutes, les suspensions et les élans rendent visible l’effort physique et la virtuosité technique, tandis que les duos font alterner sensualité et rapports de force.
Cette physicalité se joue aussi dans la musique, qu’Angelin Preljocaj ne se contente pas d’illustrer : arrêts nets, syncopes et accélérations découpent le mouvement au rythme des partitions, de Stravinsky à la musique électronique.
À l’échelle du groupe, cette rigueur devient une véritable science des ensembles. Les interprètes composent des tableaux géométriques, où déplacements et synchronisation millimétrée organisent l’espace.

“Donnez-moi des corps et de l’espace, je n’ai besoin de rien d’autre.”
Angelin Preljocaj

Son répertoire exige ainsi une grande maîtrise technique et musicale, mais aussi une conscience aiguë de l’espace et des autres. Les danseurs doivent pouvoir passer de la rigueur du groupe à une présence plus intime, tout en participant à une composition où chaque mouvement transforme l’équilibre de l’ensemble.

Ballet Preljocaj, Winterreise, création 2019 © JC Carbonne

Les multiples sources de la création

“L’essentiel est de réinventer à chaque instant.”
Angelin Preljocaj

Les récits nourrissent une partie importante du travail d’Angelin Preljocaj. Contes, mythes, littérature ou œuvres du répertoire deviennent des matières chorégraphiques, dont il explore les personnages, les relations et les tensions.

En 1994, il crée Le Parc pour le Ballet de l’Opéra national de Paris, sur des œuvres de Mozart. La pièce explore les jeux de séduction et les mouvements du sentiment amoureux. En 2008, il revisite Blanche Neige, d’après le conte des frères Grimm, dans un ballet porté par les symphonies de Gustav Mahler. Pour cette création, il fait appel à Jean Paul Gaultier pour les costumes et à Thierry Leproust pour les décors.


Les récits ne sont pas les seuls moteurs de son travail. Angelin Preljocaj explore aussi les possibilités du corps et les forces qui agissent sur lui.

Créée en 2018, Gravité s’intéresse au poids, à la vitesse et à l’espace. Le chorégraphe y met à l’épreuve l’équilibre, la suspension et les lois physiques qui gouvernent le mouvement, tout en explorant les interactions entre les danseurs et leur environnement.


Avec Soul Kitchen, créée en 2019, le point de départ est tout autre. La pièce est issue d’ateliers chorégraphiques hebdomadaires menés entre mars et juin auprès de cinq femmes volontaires détenues au centre pénitentiaire des Baumettes II, à Marseille. Le projet s’appuie notamment sur le travail sensoriel et la mémoire du mouvement. Il donne lieu à une création pour les cinq participantes, prolongée par le documentaire Danser sa peine, réalisé par Valérie Müller.

Des récits aux recherches physiques, les points de départ varient, mais le mouvement reste au cœur de l’écriture chorégraphique d’Angelin Preljocaj.

“Je veux que la danse puisse exprimer toutes les facettes du monde.”
Angelin Preljocaj


Trois œuvres du répertoire d’Angelin Preljocaj 

Noces (1989)
Créée en 1989 sur la musique d’Igor Stravinsky, Noces réunit dix interprètes autour d’un rituel de mariage teinté de tragédie. Angelin Preljocaj détourne les codes de cette cérémonie pour en révéler la part sombre. La mariée, longtemps tenue à l’écart des festivités, demeure au centre d’un mystère qui s’épaissit jusqu’à son apparition, loin d’annoncer un dénouement heureux.

Le chorégraphe décrit cette union comme un « rapt consenti », où la mariée devient une monnaie d’échange entre deux familles. Le rituel festif se renverse alors en cérémonie funèbre, traversée par la soumission, la perte et le pressentiment du drame. Portée par les percussions et les voix de la partition de Stravinsky, la pièce révèle la violence qui se cache sous les apparences de la tradition.


Empty Moves (2004, 2007, 2014)
Créée en trois étapes, en 2004, 2007 et 2014, Empty Moves (Part I, II & III) est une pièce pour quatre interprètes inspirée de Empty Words, une œuvre sonore de John Cage. Angelin Preljocaj s’appuie sur l’enregistrement d’une performance donnée par le compositeur au Teatro Lirico de Milan en 1977, au cours de laquelle la réaction progressive du public, entre cris et manifestations sonores, vient modifier l’écoute du texte.

A partir de ce matériau, le chorégraphe explore de nouvelles façons de composer le mouvement. Il déconstruit les gestes, les fragmente et modifie les enchaînements pour faire émerger d’autres rythmes et qualités de mouvement. Le sens du geste passe alors au second plan, au profit de sa construction et de son organisation dans l’espace et le temps. Au fil des trois parties, l’état physique des danseurs évolue et transforme leur manière de bouger. Empty Moves devient ainsi un terrain de recherche où Angelin Preljocaj met à l’épreuve sa propre écriture chorégraphique et les possibilités du corps.


Helikopter / LICHT (2025)
Avec Helikopter / LICHT, Angelin Preljocaj associe la reprise de Helikopter, créée en 2001, à LICHT, sa création de 2025, dans une soirée construite autour d’un contraste entre tempête et lumière.
Dans Helikopter, six interprètes affrontent la partition vertigineuse du Helikopter-Quartet de Karlheinz Stockhausen, enregistrée par le Quatuor Arditti. Le son, les vibrations et la puissance de la musique composent un environnement instable, dans lequel les corps semblent lutter contre des forces qui les dépassent.

Après cette traversée intense, LICHT ouvre un nouvel espace, plus solaire, porté par la musique électronique de Laurent Garnier. Le passage de l’obscurité à la lumière dessine une métaphore de notre époque, entre inquiétude et espoir. En réunissant ces deux pièces, Preljocaj rend hommage à Stockhausen, compositeur allemand, dont il admire la radicalité et la capacité à se réinventer, tout en faisant émerger un désir de liberté, d’inclusion et de tolérance. Le spectacle devient ainsi un mouvement de bascule, de la confrontation vers un nouvel élan.

Écrire la danse pour la transmettre

Pour Angelin Preljocaj, la danse ne doit pas disparaître avec les interprètes qui la portent. Depuis 1989, le Ballet Preljocaj utilise la notation Benesh, un système d’écriture du mouvement créé à Londres en 1955 par Rudolf Benesh. Comme une partition musicale, elle retranscrit les positions du corps, les déplacements, les rythmes et les orientations du regard. Un travail minutieux : il faut compter huit à dix heures pour noter une seule minute de danse.

Ballet Preljocaj, Annonciation, création 1995, © JC Carbonne

Du plateau aux musées

Le travail d’Angelin Preljocaj ne se limite pas aux scènes de spectacle. Il investit aussi des lieux où la danse entre en dialogue avec d’autres formes artistiques. En juin 2026, douze danseurs de sa compagnie présentent des extraits de Gravité à la Fondation Louis Vuitton, au cœur des espaces du bâtiment de Frank Gehry et face aux sculptures d’Alexander Calder. Le mouvement se confronte alors aux œuvres et à l’architecture, dans une rencontre entre les arts visuels et la danse.

Cette relation avec les arts plastiques se retrouve au musée d’Orsay. Elle remonte notamment à Les Raboteurs, un court film chorégraphique réalisé en 1988 à partir du tableau de Gustave Caillebotte. En 2024, Angelin Preljocaj crée Hommes au bain en référence au peintre, puis Femmes au bain en 2025, inspirée de l’univers d’Edgar Degas. Ces pièces sont présentées au musée en avril 2026, aux côtés d’un extrait de Boléro, également tiré de Gravité. 

Ces projets témoignent de la place qu’occupent les arts visuels dans son parcours. D’un tableau à une sculpture, Angelin Preljocaj transpose les formes et les imaginaires visuels dans le mouvement, donnant naissance à de nouvelles lectures des œuvres.

Ballet Preljocaj, Femmes au Bain, photographie de Yang Wang

“Quand ils m’ont dit que c’était pour Calder, j’ai tout de suite pensé : mouvement, équilibre, pesanteur. Alors j’ai choisi de prolonger mon travail autour de Gravité.”
Angelin Preljocaj

Des mythes fondateurs aux recherches physiques, Angelin Preljocaj n’a cessé de faire évoluer son écriture, nourrie par le dialogue avec d’autres disciplines artistiques.
Avec Soulèvement, présenté au Théâtre de la Ville, le chorégraphe poursuit son exploration du mouvement en s’intéressant à l’énergie collective et aux dynamiques citoyennes. Une nouvelle étape dans une œuvre qui interroge, depuis plus de quarante ans, notre manière d’habiter le monde ensemble.

Ballet Preljocaj, Soulèvement, création de 2026, photographie de Didier Philispart
Théa Breso

Théa danse depuis le plus jeune âge. Désormais danseuse pluri-disciplinaire, elle rêve d’une vie de danse et de voyage.
Depuis peu, elle enrichit sa pratique en posant des mots sur son art.
Les studios et les salles de spectacle sont un peu comme la continuité de son appartement.

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